L'abeille me soigne

   

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 C'est arrivé comme cela, un certain jour du mois de mai 1999. Ce matin-là, je pars faire un footing en famille non loin de chez moi..  Je laisse partir mon mari et ma fille en petites foulées, sans trouver quant à moi l’énergie nécessaire pour démarrer.Je traîne sans pouvoir expliquer ce qui m’arrive depuis quelques mois. Je n’ai plus « la pêche » et certains problèmes de santé apparus insensiblement, se sont intensifiés dernièrement.

C’est le cas notamment d’une « névralgie du nerf trijumeau (le nerf qui est responsable des sensations de la face et d'une partie de la sphère ORL.) Très désagréable !... J'ai du mal à parler autour de moi de « mes problèmes » qui se sont multipliés ces temps-ci sans aucune explication médicale précise. Je me suis donc habituée progressivement à un état de santé fluctuant

Instinctivement, mon tempérament de sportive piqué au vif, je rassemble alors toute mon énergie pour démarrer afin de rejoindre ma famille. Mais là, horreurMon corps ne m’obéit plus ! La jambe droite se raidit et la gauche semble avoir désappris les consignes qui lui permettaient d’exécuter machinalement le mouvement de la course. L’espace d’une seconde : je ne sais plus courir !

J’essaie de lancer à nouveau mon corps vers l’avant afin d’enclencher ce mouvement tant de fois répété de manière automatique, sans y penser, en papotant la plupart du temps avec mes amis au bord du canal du Midi. Mais c'est peine perdue car le résultat est désastreux. Au lieu de rebondir, j’ai la sensation horrible de frapper le sol par à-coups, sans souplesse, comme un cheval de bois !

Affolée, j’essaie de bouger à nouveau comme d'habitude, mais rien ne se passe « comme d'habitude » : mes muscles ne m'obéissent plus. Mon genou gauche refuse de se soulever du sol. J’ai la volonté de courir et l’ordre a bien été donné par mon cerveau, mais sans résultat. Je ne maitrise plus rien. C’est le néant, comme si les fils avaient été débranchés entre les commandes (mon cerveau) et la machine (mon corps). Dans un sursaut d'espoir, j'essaie encore juste pour voir s'il ne s'agit pas d'un cauchemar. Mais non, je ne rêve pas, mon pied gauche désorienté, broute et arrache l’herbe tandis que la jambe droite traîne comme un boulet.

Il s’agit d’une impression horrible que l’on ne peut confondre avec aucune autre ! Soyez-en certains.

Dans un réflexe idiot,  je souris. Réflexe pitoyable et incontrôlable pour me rassurer peut-être. Enfinje souris, en essayant d'ironiser dans ma tête ; j’essaie de rire de mon clown pour ne pas pleurer, car je viens de réaliser brutalement qu’il se passe quelque chose de grave dans mon corps. Je reste figée sur place, regardant mon mari et ma fille s’éloigner en petites foulées sans se douter de quoi que ce soit. J’ai envie de hurler :« Au secours, attendez-moi » ! Mais je reste sans voix.

Le moindre détail est resté gravé à jamais dans ma mémoire.

Puis, les choses redevinrent normales peu après cette alerte, sans aucune séquelle, comme si rien ne s’était passéJe rentrai à la maison avec ma famille en m’efforçant d’oublier  lincident  puisque tout était redevenu presque normal dans mon corps.

Cela dit, je vous rassure : rien n’est arrivé aussi subitement du jour au lendemain ! A bien y réfléchir « le problème » avait déjà commencé de longs mois auparavant. J’avais alors la sensation que mes jambes traînaient un corps lourd et fatigué mais je refusais obstinément d’écouter ces petits signaux de détresse que m’adressait ce corps ami. Ainsi, trois mois auparavant, un premier indice significatif aurait dû m’alerter, mais il n’en avait rien été et j’avais  continué comme d’habitude Ce que j’avais alors qualifié de « petit coup de pompe sans gravité » était en réalité un sévère avertissement noté sur le certificat médical réalisé peu de temps après :

  • «…sensation d’engourdissement de la jambe gauche avec faiblesse et fléchissement, suivie d’une sorte decourant électrique furtif, accompagné d’une vagueinsensibilité passagère».

Et ces symptômes s’étaient répétés par la suite de manière intempestive.

Un enfant aurait certainement compris ce qui se passaitmais pas moi ! Je m’accordais encore un peu de temps dans la normalité :« on verra plus tard ». Je refusais de regarder la vérité en face :«  le début d’une paralysie » me dira plus tard le médecin. 

Et j’avais continué à avancer ainsi, malgré la fatigue permanente, les contractures musculaires et le moral à zéro, jusqu’à ce jour de footing décisif où mon corps m’avait crié :

  • «  Stop ! Je n’avancerai plus ! ».

     

A dater de ce jour, mes problèmes de santé s’aggravèrent comme si tout à coup je lâchais prise, laissant la maladie prendre le dessus ! Mes bras, mon dos, les os de mes pieds – surtout mes pieds - étaient de plus en plus douloureux comme serrés dans un étau.
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J’étais devenue très anxieuse selon mes proches et je n’arrivais plus à me détendre. Puis, peu à peu ma jambe droite devint bizarre, raide, contractée, douloureuse, avec une sensation de « jambe de bois » traînant de plus en plus.   Bref j’avais mal partout !

    Bientôt, les visites médicales se succédèrent les unes après les autres, d’abord chez un ami rhumatologue, Guy,ensuite un examen d’I.R.M. cérébrale à Montpellier et pour finir une visite à l’hôpital de Béziers où le diagnostic tomba comme un couperet :

   « Sclérose en plaques» (S.E.P). 

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